l-enfant-et-la-nuit

 

Conte lyrique

en sept scènes et quatre tableaux
Editions Symétrie

Livret de Olivier Balazuc, musique de Franck Villard
– version originale pour solistes, choeur d’enfants, 2 pianos et 2 percussions (2008-2010)
– version avec orchestre (2011).
 
Nomenclature de l’orchestre : “détails ici
Durée d’éxécution : 60 minutes environ

Le livre-cd aux éditions “Gallimard Jeunesse”, collection Giboulées, cliquer sur ce lien
Extrait en écoute : N°5 “scène et duo”, extrait de la scène 3

      L'Enfant et la Nuit

 

UN CONTE NOCTURNE

Affronter la nuit est probablement le premier vertige initiatique d’un enfant. Les contours familiers de la chambre se dissipent dans les ténèbres, la figure rassurante de la mère disparaît derrière la porte et se retire aux confins du couloir. L’espace et le temps se brouillent, se dilatent, propices aux métamorphoses. La nuit devient le théâtre où les valeurs positives du jour s’inversent, où le sentiment de sécurité fait place à la crainte de l’abandon, où les forces de destruction s’incarnent. La nuit semble ne jamais devoir finir. En s’inspirant de la tradition des contes, «L’Enfant et la Nuit» développe ce combat spirituel, l’épreuve de « la nuit obscure », qui s’ouvre sur le thème de la mère absente.
Celle-ci est malade et repose à l’autre bout du couloir. Réfugiés dans leur chambre, les enfants associent la peur de la disparition au règne des ténèbres. Virgile promet à sa petite sœur de traverser la nuit et de ramener le jour. Cette quête héroïque va le confronter au double négatif de la mère, Noctilia, qui aspire à la beauté éternelle. Le secret de son apparence provient de la douleur et des larmes d’enfant. Virgile résistera aux séductions du désenchantement (un scientifique véreux, un chasseur de rêves, un clown tragique, qui sont autant de figures de « faux-pères ») et accomplira sa promesse. Il triomphera de la Nuit en ressuscitant la joie par l’onirisme et le rire. L’imaginaire nocturne fournit une matière extraordinaire pour un opéra. Mêlant burlesque et lyrisme, comédie pure et drame au sein de motifs évoquant la dualité lumière-ténèbres, l’écriture alterne des moments parlés et chantés. “L’Enfant et la Nuit” est conçu comme un voyage à travers les genres et les influences, tant sur le plan littéraire que musical. Ainsi, la quête de Virgile se traduit également par une initiation artistique. Cette traversée de la nuit se veut un hymne au désir, à l’imaginaire et à la vie.
Olivier Balazuc

Création Française à Angers Nantes Opéra.

Critiques dans:

  • “La voix du Luxembourg” , détails ici.
  • “Opéra magazine”, détails ici
  • “toutelaculture.com” par Laurent Deburge, détails ici.
  • “La Croix” par Florence Pagneux, détails ici
  • “Classica”  par Nicolas d’Estienne d’Orves, ci-dessous

Rien n’est plus difficile que de s’adresser aux enfants. Surtout s’il s’agit de faire passer un goût, une sensibilité, une vision de l’art. Difficile de trouver la voie médiane entre une simplification sans mièvrerie et un sérieux dénué de paternalisme. Dans le cas de l’opéra, c’est encore plus délicat. L’art lyrique n’est pas le favori des têtes blondes. Trop lent, trop daté, trop déconnecté. Certes, La Flûte Enchantée peut parler au jeune âge, tout comme L’Enfant et les sortilèges ou Hänsel und Gretel. Mais l’opus magnum de Mozart et l’exquise bonbonnière de Ravel et Colette restent, qu’on le veuille ou non, pour un public averti. Quand à Humperdinck, il n’est populaire qu’outre-Rhin.

Voilà pourquoi il faut saluer la passionnante initiative de Franck Villard et Olivier Balazuc. Le compositeur-chef d’orchestre et l’écrivain-metteur en scène ont réalisé à quatre mains cet Enfant et la Nuit, qui est un véritable opéra pour enfants. Ce « conte lyrique tout public dès sept ans » est une fable sombre, macabre et drolatique, pleine de terreur et d’espoir, de ricanement et de tendresse. La mère de Virgile est malade. Pour la sauver, l’enfant doit affronter ses cauchemars en présence d’une reine de la nuit, d’un savant fou, d’un chasseur d’anges et d’un clown suicidaire. Chaque incarnation est une plongée dans les angoisses d’un gamin trop intelligent pour ne pas être lucide sur le monde qui l’entoure. Et c’est bien là la force de ce texte, qui ne prend pas le jeune public pour des gnous. La mise en scène de Balazuc, fondée sur un superbe dispositif arachnéen de Pierre-André Weitz, joue sur les doubles fonds, les ombres, les lumières et les chapeaux claques. La partition de Franck Villard (qui dirige, depuis la fosse, deux pianos et une armée de percussions) jongle entre les pastiches et les clins d’oeil (ici un tango, là une valse, une havanaise…) mais obéit à l’unité intrinsèque de l’oeuvre. C’est que, pour fonctionner , ce genre de projet demande un engagement total de la part de toute l’équipe. Et c’est bien cet esprit qui souffle tant sur les adultes (étonnante Sandrine Sutter ; Franck Leguérinel, inpeccable, comme de coutume) que sur les enfants. Accordons une mention spéciale à Basile Dragon, qui joue Yorick, le clown triste. Par son jeu en demi-teinte où la potacherie se mêle au tragique, il incarne à lui seul tous les enjeux et les réussites d’un spectacle qu’on aimerait maintenant voir sur une scène parisienne.

Emission “France Culture”,  invité Olivier Balazuc.

      Interview olivier Balazuc